Associations d'assurés depuis 1976
Alptis Assurances : Alptis association, Actualité Alptis, Services Alptis Assurances, Recrutement Alptis
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L’épreuve des chiffres Agriculture, industrie, construction et tertiaire : moins de femmes indépendantes L’impact d’un nouveau statut sur l’apparent recul des indépendantes Agriculture : indépendantes plus âgées que les hommes Artisanat : des femmes, oui, mais pas dans tous les secteurs Commerce : plus d’employeuses Professions libérales : les femmes très présentes dans la santé Au global, la féminisation reste très partielle et concentrée
Les facteurs de la féminisation des professions indépendantes
L'influence des caractéristiques socioéconomiques
Revenus et études : quelles différences entre hommes et femmes ?
Des professions nécessairement sexuées ?
Demain ? La nécessaire évolution des modes d'exercice
Bibliographie indicative
La féminisation vue par des professionnels
Le témoignage de Michèle Codron (pharmacienne)
Le témoignage de Maurice Jérôme (médecin généraliste)
L'actualité des membres du Comité scientifique
Dans l'actualité des indépendants
Etre une femme non salariée en 2010
La féminisation de la population active n'est pas un phénomène inédit et sa constante progression permet aujourd'hui une quasi parité. Ce constat, très général s’applique-t-il aussi aux travailleurs indépendants ? Non ! En tous cas pas d'un point de vue global, même si l’observation des grandes familles de métiers apporte quelques nuances. Parce que les statistiques socioprofessionnelles peinent à rendre compte des déterminants de la féminisation du non-salariat, l’observatoire Alptis a creusé le sujet. À la lumière des faits, quelques pistes de réflexions sont proposées. Elles sont complétées par le témoignage de deux professionnels indépendants de la santé.
Au cours des quarante dernières années, la féminisation des forces de travail s'est effectuée très progressivement dans l'ensemble de l'économie. Alors qu’à la fin des années soixante, un travailleur sur trois était une femme, en 2008, l’emploi féminin représentait 47 % des actifs occupés. Le développement des activités de service – la tertiarisation – a accompagné la croissance de l'emploi féminin. Malgré les nombreuses études sur la féminisation de l’emploi, très peu s'intéressent aux travailleurs indépendants. Or, les estimations produites par l'INSEE font apparaître une dynamique pour le moins particulière : la part des travailleuses indépendantes tend à diminuer avec le temps. En 1970, elles représentaient 37 % des effectifs, contre un peu plus de 33 % en 2008. Mais cette évolution n'est pas un phénomène uniforme.
Les activités indépendantes deviendraient-elles le dernier bastion masculin, face à l’inexorable féminisation du salariat ? Les évolutions par secteurs, et sur long terme, laissent en effet penser que le non-salariat séduit de moins en moins les travailleuses. Ainsi, dans les quatre secteurs économiques traditionnels (agriculture, industrie, construction et tertiaire), on constate une baisse de la féminisation, entre 1970 et 2008. En première analyse, cette observation est assez troublante, car, sur l'ensemble du marché du travail, les effectifs féminins ont augmenté de près de 62 %, sur la période. Le déclin ancien de la place du non-salariat dans l’économie peut être une première explication à cette diminution*, mais elle n’est pas suffisante.
Dans le secteur agricole, qui est le plus touché par la baisse du nombre de travailleuses indépendantes, la diminution des effectifs féminins est plus rapide que celle du nombre de non-salariés. Le nombre d'agricultrices diminue donc plus rapidement que celui des agriculteurs. Tout laisse à penser que les non-salariées délaissent massivement le secteur, au profit d'emplois non agricoles.
En revanche, la situation est différente dans la construction, où le taux de féminisation tend à augmenter, alors même que les effectifs masculins restent relativement stables, depuis la fin des années soixante. Mais, avant de conclure à un meilleur attrait des activités du bâtiment et des travaux publics vis-à-vis des non-salariées, il faut certainement envisager d'autres angles d'analyse.
Le secteur industriel a, lui aussi, connu une importante baisse de sa main d'œuvre non-salariée. Les contraintes productives, favorisant la concentration de la main d'œuvre, ont conduit à la diminution des très petites entreprises et, par conséquent, des non-salariés. Les femmes ont été beaucoup plus rapidement et fortement concernées par cette évolution, bien qu’elles représentent encore 20 % des effectifs. Toutefois, comme le secteur concentre moins de 6 % de l'emploi non-salarié total, son impact sur les variations de la féminisation des professions indépendantes reste donc réduit.
L'évolution de la féminisation dans le secteur tertiaire est, quant à elle, beaucoup plus surprenante. Sur la même période, alors que les effectifs masculins ne diminuent que de 9 %, la chute du nombre de non-salariées est beaucoup plus rapide, et atteint 24,6 %. Parallèlement, le taux de féminisation des non-salariés a diminué de près de cinq points, pour atteindre 32,3 %. Pourtant, sur l’ensemble de la main d’œuvre du secteur, le nombre de femme progressait de 45 à 54 %. Ces tendances laissent transparaitre la réorientation d’une partie de la population féminine non-salariée vers le salariat.
Toutefois, la tertiarisation des activités indépendantes a bien eu lieu. Le secteur des services a pris une place grandissante dans le choix des travailleurs indépendants, souvent au détriment de l'agriculture. En 1970, près de la moitié de l’ensemble de la population indépendante exerçait une activité agricole, contre 45 % pour le tertiaire. Dans la première partie des années quatre-vingt, les rapports se sont inversés, pour aboutir à une domination du tertiaire, qui regroupe aujourd'hui plus de 61 % de l'ensemble des non-salariés. Or, pour le salariat comme pour l’indépendance, c'est dans les services que l'activité féminine tend à se concentrer. Plus des trois quart des non-salariées exercent ainsi une activité du tertiaire.
L'importance de ce secteur en termes d'effectifs et le très large éventail de professions qu'il intègre, réduisent toutefois les possibilités d'analyse. L'observation des mouvements qui animent les professions (ou les catégories socioprofessionnelles) semble plus pertinente. Parfois, les évolutions de long terme peuvent être trompeuses. En effet, les nomenclatures, permettant de décrire la position des personnes au regard de leur emploi, ont été fréquemment modifiées. Les brusques réorientations de trajectoires, observées sur le graphique 1, résultent en partie de révision des classifications socioéconomiques. De plus, il est avéré que les cinq dernières années ont été marquées par un nouvel essor de l'indépendance, notamment par le biais des activités de service. La réduction de la période d'observation paraît donc judicieuse.
Le repli de la féminisation que laisse entrevoir l'approche sectorielle doit être tempéré. Différentes évolutions, masquées par la masse des données, témoignent d'une réalité moins pessimiste. Ainsi, la décomposition de la population des non-salariés en fonction de leur statut dans l'indépendance fait émerger un facteur déterminant de la variation des effectifs. Alors qu'en 1997, plus de 12 % des non-salariés exerçaient en tant qu'aides familiaux, cette proportion était réduite de moitié dix ans plus tard. La contribution de cette évolution à la décroissance de la population non-salariée est d'ailleurs prépondérante. Or, ce statut est traditionnellement très féminisé. L'amenuisement du nombre d'aides familiaux s'est donc mécaniquement traduit par une décroissance du taux de féminisation, notamment dans les métiers de l'agriculture, du commerce et de l'artisanat.
La mise en place, à partir de 2005, des statuts juridiques de conjoint collaborateur, associé ou salarié, qui offrent une meilleure couverture sociale, explique en partie, la diminution du nombre d'aides familiaux féminins. Celles et ceux qui l'ont choisi ne sont plus nécessairement recensés dans la catégorie socioprofessionnelle des aides familiaux classiques. Parallèlement à cet effet de nomenclature, il faut certainement lire dans la diminution progressive des aides familiaux deux phénomènes : ? une stratégie de diversification des revenus des ménages afin d'en garantir la pérennité. Les conjoints de travailleurs non-salariés s’orientent vers le salariat, l'activité d'aide familiale étant exercée à titre secondaire ; ? l'arrivée à la retraite des générations d’indépendants les plus âgées qui s'accompagne d'une raréfaction du modèle de l'entreprise familiale traditionnelle. La présence d'aides familiaux est en effet symptomatique des générations les plus âgées.
En revanche, les effectifs d'indépendants et d'employeurs ont augmenté : 3,6 % et 8,26 %, respectivement en 1997 et 2007. L’inversion de la tendance, apparue en 2003 s'est confirmée au cours des années suivantes. La venue de nouveaux indépendants et employeurs s'est accompagnée d'une progression de la féminisation. Le phénomène est remarquable dans la mesure où, pour ces deux statuts, l'évolution des effectifs féminins a fortement contribué à la croissance des populations concernées.
Bien que les femmes restent encore sous-représentées, la féminisation des indépendants, hors aides familiaux, commence à progresser. Néanmoins, l’inégalité dans le statut occupé par les femmes est toujours présente : 55 % des non-salariées sont des indépendantes, et moins d'un tiers sont des employeuses. La répartition chez les hommes est plus homogène : 53 % de non salariés dont 44 % d’employeurs. En d'autres termes, les femmes dirigent moins souvent une entreprise comptant au moins un salarié que les hommes.
La raréfaction progressive des aides familiaux a largement contribué au recul de la féminisation des non-salariés agricoles. En revanche, la part des femmes a progressé parmi les indépendants et les employeurs du secteur. L'évolution peut paraître surprenante, dans la mesure où les métiers concernés véhiculent une forte image masculine. Cette tendance n’est pas le résultat d’une nouvelle attirance des femmes pour l’agriculture, mais plutôt le résultat d'une réduction plus rapide des effectifs masculins par rapport aux effectifs féminins, liée à un effet de génération.
Les indépendantes et les employeuses sont en moyenne plus âgées que les hommes. Elles sont très peu représentées dans les jeunes classes d'âge car le taux de féminisation augmente avec l’âge : seulement 8 % des indépendants, et 4 % des employeurs de trente-cinq ans et moins sont des femmes. Ainsi, plus jeunes que leurs époux, les non-salariées agricoles reprennent l'exploitation familiale pour quelques années, lorsque leurs maris partent à la retraite. Ce phénomène est particulièrement fréquent dans les petites exploitations agricoles.
La féminisation est globalement en repli dans les métiers artisanaux. Plusieurs évolutions sont pourtant repérables. Si le statut d'aide familial revient encore plus de neuf fois sur dix à une femme, la part des artisanes qui le choisissent se réduit petit à petit. En 1997, elles étaient plus de la moitié à être recensées sous ce statut, contre moins d'un tiers dix ans plus tard. En revanche, la part des non-salariées avec un statut d'indépendant a doublé, pour atteindre 41 %. La féminisation des indépendants de l'artisanat a donc progressé de 4,3 points. On constate une croissance réelle des effectifs féminins pour ce statut (+ 33 %), alors même que les effectifs masculins ont diminué (-5,72 %). En contrepartie, les artisanes sont moins souvent à la tête d'une équipe de salariés. Néanmoins, comme tous les métiers de l’artisanat ne sont pas touchés de la même manière, on ne peut pas généraliser ces observations.
L'artisanat, très féminisé continue d'attirer les indépendantes. C'est notamment le cas de la coiffure, des soins esthétiques, de la manucure, du travail des textiles et de la blanchisserie, où plus de 70 % des effectifs sont des femmes. Mais d'autres activités connaissent un véritable renouvellement de genre, et deviennent des lieux d’augmentation des effectifs féminins, même si leur part reste encore inférieure à 50 %. C’est le cas de l'artisanat d'art, des services artisanaux divers (nettoyage, entretien, toilettage d'animaux), et de l'imprimerie reproduction.
D'autre part, les artisanes privilégient les emplois qui offrent le plus d'opportunités aux employeuses. Ainsi, dans les métiers de la coiffure, de la manucure et des soins esthétiques, 64 % des employeurs sont des femmes. Mais la féminisation progresse aussi dans des domaines d’ordinaire réservés aux hommes comme dans les métiers de la charcuterie, de la boulangerie, et, dans une moindre mesure, de la construction, à cause d’un effet de génération, identique à celui observé dans l'agriculture. Malgré tout, la proportion de femmes reste limitée dans ces professions, car les hommes représentent plus de 95 % des jeunes générations d'employeurs (moins de trente-cinq ans). Finalement, l'artisanat reste donc marqué par une importante présence masculine : les hommes constituent 85 % des effectifs, hors aides familiaux.
Le taux de féminisation des commerçants s’est légèrement infléchi depuis 1997, alors même que l’ensemble des effectifs a augmenté de 8,25 %. L’évolution des effectifs des aides familiaux n’est pas étrangère à ce mouvement : ils ont diminué de plus de 65 %, en dix ans. À la fin des années quatre-vingt-dix, un quart des commerçantes étaient recensées sous ce statut. Dix ans plus tard, elles sont moins de 8 %.
Sur la période, les effectifs féminins, hors aides familiaux, ont progressé d'un quart, alors que ceux des hommes ont connu une croissance plus lente, de seulement 16 %. Après quoi, la féminisation des indépendants est restée relativement stable. En revanche, les employeuses ont gagné du terrain. On peut donc dire que le commerce est porteur d'opportunités entrepreneuriales, pour les non-salariées. Qu'elles soient indépendantes, au sens strict, ou employeuses, les femmes se spécialisent sur certains marchés spécifiques : le commerce de fleurs, l'habillement et les articles de sport, l'hôtellerie restauration, l'exploitation de station service, le détail alimentaire et le commerce de produits de beauté et de luxe. Dans les autres domaines commerciaux, on ne remarque pas de hausse de la féminisation, même lorsque la totalité des effectifs augmente. Ce qui montre qu'une spécialisation des genres perdure au sein des différents segments du commerce
Les professions libérales, et assimilées, ont connu, en dix ans, une augmentation de plus d’un quart de leur population non-salariée, largement grâce aux effectifs féminins. Ce constat est peu surprenant au regard des évolutions observées dans le secteur tertiaire : les prestations de services constituent le cœur des activités libérales.
Les familles de métiers les plus sensibles à la féminisation font pourtant partie du secteur de la santé. Hors aides familiaux, 47 % des non-salariés de la santé sont des femmes. Deux caractéristiques sectorielles expliquent en grande partie ce constat. D’abord, certaines professions de santé sont traditionnellement très féminisées. C'est en particulier le cas des métiers de sage-femme, et d'infirmier libéral. Le premier est exercé, à de rares exceptions près, exclusivement par des femmes, tandis que moins de 20 % des infirmiers sont des hommes. La féminisation est plus forte encore chez les psychologues, les psychanalystes ou les psychothérapeutes, qui comptaient déjà dans leurs rangs 70 % de femmes en 2003. En revanche, certaines mutations laissent deviner un possible infléchissement des proportions observées. Ainsi, la réforme de la formation des sages-femmes de 2002 ouvre plus largement la voie aux hommes, car la première année d'étude est commune avec la médecine, et l’odontologie. Même si les garçons restent très minoritaires dans les années d'étude de spécialisation (moins de 3 %), leur part augmente sensiblement.
L’augmentation régulière du nombre de femmes, au sein de certaines professions de santé, jusqu’alors plutôt masculines, comme la pharmacie, est la seconde caractéristique. La médecine libérale, généraliste ou spécialisée, qui était considérée dans les professions de santé, comme un bastion masculin, voit son taux de féminisation croitre inexorablement, et laisse espérer une parité des sexes d'ici les quinze prochaines années. La mixité progresse plus ou moins de la même manière pour les masseurs-kinésithérapeutes. Pourtant, certains métiers de la santé restent très fortement occupés par des hommes. Les chirurgiens dentistes, les opticiens lunetiers, ou les vétérinaires comptent, en moyenne, seulement un peu plus d'un quart de femmes dans leurs rangs, car elles choisissent généralement plus facilement le salariat pour ces professions.
En dehors de la santé, le phénomène de féminisation touche assez peu les autres les professions libérales réglementées*. Il faut certainement voir là l’effet des traditions sociales et culturelles déjà anciennes, et bien ancrées, qui entrainent un désintérêt des femmes pour ces métiers. Les géomètres experts, les architectes ou les experts-comptables sont à près de 85 % de sexe masculin, et seuls deux métiers juridiques se sont vraiment ouverts aux femmes : celui de notaire et celui d'avocat. Bien que le taux de féminisation reste encore modeste pour le premier, les avocates tendent à être aussi nombreuses que leurs confrères. D’ailleurs, c’est l’augmentation de la part des femmes qui a permis d’accroître l’ensemble des effectifs, car le nombre d'hommes a tendance à reculer, sur les dix dernières années.
Dans le domaine des professions libérales non réglementées, le grossissement des effectifs non-salariés, hors aides familiaux, a surtout profité aux hommes. Pour autant, certaines professions libérales qui étaient plutôt réservées aux femmes, ou aux hommes, continuent de l’être aujourd’hui. Ainsi, la profession d'interprète traducteur est féminisée à plus de 70 %, alors que les métiers de l’expertise et du conseil demeurent très largement masculins. En revanche, la parité est en moyenne atteinte dans les métiers de la formation (professeur d'art, moniteur d'auto-école, etc.).
Les chiffres montrent une assez forte hétérogénéité de la féminisation des professions indépendantes. Celle-ci s'exprime tout d'abord au niveau des statuts dans l'indépendance. Les femmes exercent plus souvent en tant qu'indépendant que les hommes. En d'autres termes, elles pratiquent plus fréquemment leur activité dans une petite structure sans main d'œuvre salariée. Cette caractéristique inhérente à la taille trouve un écho lorsque sont considérés les chefs d'entreprises de plus de neuf salariés. Dans cette catégorie de travailleurs, la féminisation reste modeste puisqu'elle s'établit globalement à moins de 20 % hors aides familiaux. De plus, elle est concentrée dans les entreprises de moins de cinquante salariés des secteurs du commerce et des services. Près de la moitié des femmes chefs de PME dirigent une entreprise dans ces deux branches.
D'autre part, les professions les plus féminisées ne sont pas forcément celles qui regroupent la plus grande part des non-salariées. Pour certaines professions, les différents postes de l’entreprise seront attribués à des hommes, ou à des femmes, exclusivement. Toute la question est alors de savoir quels en sont les déterminants. Les aptitudes naturelles, propres à chacun des genres, qui peuvent être évoquées, comme dans le cas des sages-femmes, peuvent aussi être remises en cause par un certain déterminisme social. La répartition des sexes dans les différentes professions dépendrait alors de paramètres culturels, historiques, et peut-être même moraux. Mais, sur ces questions, les statistiques démographiques n'offrent qu'un faible éclairage.
Seul un non-salarié sur trois est une femme, et la féminisation des professions indépendantes est très variable selon les métiers considérés. On peut donc penser que, généralement, l'indépendance est moins attrayante que le salariat pour les travailleuses. En revanche, certains facteurs semblent favoriser la concentration de la population féminine au sein de certaines professions. Quels sont–ils ?
L'âge, la situation conjugale, la présence d'enfants à charge, ou le niveau d'étude sont autant d'éléments qui influencent directement la position dans l'emploi. Mais qu'en est-il lorsque les travailleuses, et les travailleurs, décident d'exercer leur profession en tant qu'indépendant, plutôt que salarié ? En d'autres termes, les caractéristiques sociales et économiques influencent-elles positivement, ou pas, le choix du non-salariat, selon le sexe. Nos estimations, dont les résultats sont synthétisés dans le tableau 7, font émerger quelques pistes de réflexion.
Généralement, les causes du non-salariat sont les mêmes pour les deux sexes. Ainsi, être jeune joue négativement sur la probabilité d'être indépendant. Ce n’est pas surprenant, car l'âge moyen d'installation, toutes activités confondues, est de 34 ans. La mise à son compte est souvent consécutive à l'exercice préalable d'une activité salariée. L'effet négatif est d'ailleurs beaucoup moins prononcé pour les classes d'âge élevé. Un décalage peut toutefois être repéré entre les hommes et les femmes : l’installation est plus tardive pour les femmes.
L'origine sociale du travailleur a, elle aussi, un effet très similaire, quelque soit le sexe. Une fille, ou un fils, de parents non-salariés choisira beaucoup plus facilement de travailler en indépendant à son tour. Les parents peuvent transmettre l’entreprise à leurs enfants, qui auront déjà le goût d’entreprendre. L'absence de cette culture entrepreneuriale familiale peut justifier de la relative neutralité de l'appartenance à une famille de salariés sur la probabilité d'être non-salarié.
Si la vie en couple influe positivement sur la probabilité de posséder le statut de non-salarié quel que soit le sexe, la présence d'au moins un enfant à charge a-t-elle une incidence ? L'indépendance implique un investissement personnel très conséquent : un non-salarié travaille en moyenne 52 heures par semaine. Une telle charge de travail est généralement peu compatible avec la vie familiale et la présence d'un enfant devrait donc jouer négativement sur la probabilité d'être non-salarié. Toutefois, au sein des échantillons étudiés, les non-salariés déclarant au moins un enfant à charge vivent près de neuf fois sur dix en couple. L'influence de la charge d'un enfant est certainement masquée par celle de la vie en couple.
L'âge, l'origine sociale, et l'environnement familial ont donc des effets comparables, pour les deux sexes. Ces résultats sont cohérents avec les statistiques sur l'indépendance. En revanche, l'exercice d'une activité professionnelle secondaire –la pluriactivité – n’a pas la même influence, selon le sexe. La pluriactivité chez les femmes tend à diminuer la probabilité d'être non-salariée alors qu'elle a un effet positif et très significatif pour les hommes. Selon l’INSEE, les femmes pluriactives cumulent plusieurs emplois salariés, à temps partiel, surtout dans le secteur des services aux particuliers (aide à domicile, assistance maternelle, etc.). Pour les hommes, il y a deux explications : certains font des travaux saisonniers, qui permettent d’alterner entre une activité salariée et non salariée ; d’autres exercent une profession médicale dans un centre de soins, en tant que salarié, ce qui leur permet d’avoir une pratique libérale en parallèle. C'est d'ailleurs dans le secteur de la santé que le plus taux de pluriactivité est le plus fort.
L’influence de la nature de la formation appelle quelques commentaires. Pour les hommes comme pour les femmes, la possession d'un diplôme du supérieur a un effet positif et très significatif sur la probabilité de choisir l'indépendance (de nombreuses professions indépendantes, notamment réglementées, exigent une formation universitaire). En revanche, l'enseignement technique tend à favoriser le non-salariat pour les hommes uniquement. Est-ce parce que les professions nécessitant un apprentissage technique sont essentiellement exercées par des hommes ? Cette hypothèse est certes valide pour certains métiers, comme ceux du bâtiment ou des transports, mais elle est incompatible avec le fort taux de féminisation observé chez les coiffeurs, les fleuristes ou les artisans teinturiers-blanchisseurs. Il faut donc voir dans la différence constatée l'influence de la forte concentration des non-salariées au sein des professions médicales et paramédicales.
Finalement, les principales variables sociales et économiques ne permettent pas de faire de réelle différence entre le comportement des hommes et celui des femmes face à l'indépendance. D'autres paramètres doivent donc être envisagés pour justifier le faible taux de féminisation du non-salariat, et la concentration des non-salariées au sein de quelques professions.
Les potentielles inégalités entre les hommes et les femmes peuvent expliquer le faible taux de féminisation des non-salariés Si elles existent, de telles inégalités peuvent inciter les travailleuses à s'orienter vers une activité salariée, plutôt que vers l'indépendance. L’indicateur le plus simple de ces inégalités est le niveau de rémunération. Selon l'INSEE*, il existe un important écart. Les revenus des femmes indépendantes non agricoles, en moyenne de 29 000 €, sont inférieurs de 38.5 % à ceux des hommes, qui s'élèvent à 36 000 €. Malgré tout, l'écart dans le salariat reste légèrement supérieur, puisqu'il est de 45 %.
Il faut pourtant manipuler ces chiffres avec prudence. En effet, toujours selon l’INSEE, le travail à temps partiel est très fréquent pour les femmes salariées : 22 % travaillent moins de 30 heures par semaine, contre 13 % des non-salariées. L'écart de rémunération au sein du non-salariat doit donc être comparé avec celui des salariés à temps complet. Dans ce cas, l'échelle des écarts s'inverse, puisque la différence de salaire entre les hommes et les femmes salariés n'est plus que de 23 %. Ainsi, les différences de revenus peuvent jouer en faveur du salariat pour les travailleuses.
Notons pourtant que certaines familles de professions, fortement féminisées, comportent d'importants écarts de revenus. Dans les activités juridiques, il atteint 122 %, dans le secteur de la santé, il varie de 24,4 % pour la profession de pharmacien à 80,2 % pour les professions paramédicales et assimilées. La nature des métiers explique cela, les plus rémunérateurs sont souvent moins exercés par les femmes, mais ce n’est pas suffisant. Plus généralement, c’est le temps de travail qui importe : en moyenne les hommes non-salariés travaillent 8,4 heures de plus que les femmes, par semaine.
Pourtant, même dans les professions dites féminines, les écarts de revenus confirment une certaine forme d'inégalité liée au sexe. Dans le commerce de détail, l'écart de revenu est de 28 %, et de 34 % dans les activités de coiffure, soins esthétiques, teinturerie blanchisserie.
Le niveau de diplôme, qui mesure le capital humain, est un autre critère d'inégalité Pour une même profession, une différence de qualification en fonction du sexe peut dévaloriser la formation, pour l'un ou l'autre des genres. Or, globalement, les femmes non-salariées ont un niveau d’étude plus élevé que les hommes. Elles sont près de 38 % à posséder un diplôme supérieur au baccalauréat, contre 29 % des hommes, qui préfèrent les formations techniques : 31,9 % des hommes ont un CAP ou un BEP, contre 19 % chez les femmes. Ces proportions semblent cohérentes avec l’important taux de féminisation des professions indépendantes du tertiaire. Quelques particularités au sein des professions demandent pourtant de nuancer ce jugement.
Pour les professions agricoles, les femmes sont près de 44 % à posséder un diplôme inférieur ou équivalent au brevet des collèges, contre un peu plus d'un quart des hommes. Cela s’explique par la classe d'âge élevé, et le nombre encore important d'aides familiaux. Hormis cela, les femmes semblent moins qualifiées que les hommes. Ces derniers possèdent à 60 % un diplôme de l'enseignement technique ou professionnel, contre 40 % des femmes.
Une tendance similaire peut être observée parmi les commerçants. Un tiers des femmes ont un niveau équivalent ou inférieur au brevet des collèges, contre un quart des hommes. Deux commerçantes sur dix ont obtenu un diplôme supérieur au baccalauréat, alors que c'est le cas pour trois commerçants sur dix. Ils sont le même nombre à être diplômés de l'enseignement technique et professionnel.
En revanche, dans les métiers artisanaux, les hommes et les femmes possèdent un niveau de formation très similaire, lié à l’enseignement technique et professionnel. 66 % des artisans et 57 % des artisanes possède un diplôme pour ce type de formation. Ce n'est pas surprenant dans la mesure où la possession d'un diplôme professionnel conditionne l'obtention de la qualité d'artisan*. Les différences de répartition entre les autres types de diplômes restent très réduites. Au sein de l'artisanat, le niveau de qualification semble donc peu dépendant du sexe.
Le niveau de formation des professionnels libéraux est, par nature, élevé. Près de 87 % des femmes et les trois-quarts des hommes ont un diplôme supérieur au baccalauréat. Ce sont les réglementations professionnelles qui imposent des niveaux de qualification. En revanche, les hommes font généralement des études plus longues que les femmes. Près de trois hommes sur cinq possèdent un diplôme de troisième cycle universitaire ou équivalent, contre seulement une femme sur cinq. Cela justifie une partie des écarts de revenus dans les professions libérales. La part élevée d’indépendantes dans le secteur des services aux particuliers, et des activités paramédicales, explique qu’à plus de 36 %, les femmes sont titulaires d'un diplôme sanctionnant deux années d'études après le baccalauréat, contre 17 % des hommes.
Finalement, les niveaux de qualification des non-salariés en fonction du sexe ne sont pas si différents, et les réglementations professionnelles imposant un niveau de formation minimal y contribue. Toutefois, l'inégalité de rémunération en faveur des hommes peut être interprétée comme une dévalorisation du capital humain des travailleuses : pour un niveau de qualification similaire, les activités indépendantes semblent moins rémunératrices pour les femmes. L’espoir de revenus plus importants dans le salariat peut donc expliquer le faible taux de féminisation des travailleurs non-salarié. Néanmoins, ce différentiel de rémunération n'apporte qu'un faible éclairage sur le phénomène de concentration professionnelle de la population féminine non-salariée.
Longtemps, le rôle de la femme au sein des professions indépendantes a surtout été limité à celui d'aide familial. Dans la structure entrepreneuriale familiale, l'exercice du métier était exclusivement réservé à l'homme. L'épouse était alors en charge des éléments associés à l'activité, comme la comptabilité, la gestion, le secrétariat, ou la relation avec la clientèle. Bien que nécessaires à la pérennité de l'entreprise, ces activités faisaient partie de la sphère domestique, et ne paraissaient pas réellement productives à cause de leur caractère administratif et/ou informel. Le non-salariat traditionnel était donc marqué par une importante division sexuelle, occultant l'activité réelle des femmes, et leur interdisant – au moins formellement – l'initiative entrepreneuriale. De plus, les normes juridiques ont sans aucun doute joué contre l'entrepreneuriat féminin. Jusqu'en 1965, l'époux pouvait légalement s'opposer à l'exercice d'une activité professionnelle par son épouse au motif de la mise en péril de la famille.
La structuration traditionnellement familiale de l'activité non-salariée a donc généré d'importantes inerties dans la composition sexuée des effectifs non-salariés : la diminution du nombres d'aides familiaux s'est d'ailleurs directement traduit par un recul du taux de féminisation. Si, depuis les années soixante-dix, les évolutions sociales et économiques ont permis aux entrepreneuses d'affirmer leur position au sein du non-salariat, l'accès à certaines familles de professions demeure particulièrement réduit pour les femmes.
Un des principaux arguments pour justifier les déséquilibres dans certaines professions touche aux caractéristiques mêmes des genres : les femmes préféreraient des activités demandant des qualités supposées féminines – minutie, sociabilité, écoute, soin – au détriment de celles exigeant des qualités masculines, comme la combativité, la force et la résistance physique. Toutefois, cette répartition sexuée « naturelle » n'est pas aussi évidente qu'il n'y paraît. Plutôt que d'inclination naturelle, il semble plus juste d'évoquer une répartition sociale implicite des activités.
En effet, les professions fortement féminisées, ou regroupant une importante proportion des non-salariées, nécessitent souvent une forte résistance, et d’importantes aptitudes physiques, surtout dans la santé, le paramédical, l'hôtellerie restauration ou l'agriculture. Les métiers dits pénibles, à cause du recours systématique à la force physique (principalement dans l'artisanat du bâtiment) ont connu des évolutions technologiques limitant l'importance du travail musculaire. Pourtant, les métiers de sage-femme et d'infirmier libéral restent plutôt féminins, et ceux de maçon ou de carrossier, presque totalement masculins. Sous cet éclairage, il semble que la féminisation des professions dépend, pour une large part, de stéréotypes communs sur lesquels sont construits les identités professionnelles féminines ou masculines.
Notons qu'au sein de certaines familles professionnelles, une spécialisation sexuée des fonctions existent. C’est le cas des artisanes, qui déclarent occuper des fonctions de production ou d'exploitation moins d'une fois sur cinq lorsqu'elles sont indépendantes, au sens strict, et moins d'une fois sur dix lorsqu'elles sont employeuses, contre plus de 50 % des hommes. En revanche, les artisanes occupent beaucoup plus des fonctions commerciales ou technico-commerciales. En d'autres termes, la boutique ou l'atelier sont les domaines de l'artisane, les chantiers ceux de l'artisan. Les professionnels eux-mêmes tendent donc à cultiver une image sexuée des professions qui renforce les a priori existant dans l'imaginaire collectif des non-professionnels. Ainsi, les clients peuvent refuser de s'adresser à une non-salariée pour certains travaux traditionnellement effectués par des hommes.
La perpétuation d'une image sexuée participe à la controverse qui émerge fréquemment lorsque les métiers se féminisent. Le développement de la mixité est alors désigné comme un signe de déliquescence du corps professionnel. Mais, faut-il vraiment s'étonner de cette interprétation ? Ce type de réaction ne peut pas être réduit à un simple mouvement de défense de privilèges professionnels par les hommes*. En effet, des études sociologiques montrent l'attachement très particulier qu'entretient l'indépendant avec sa profession. C'est la principale composante de son identité sociale. Or, l'arrivée de professionnelles dans un secteur fortement masculinisé modifie immédiatement les repères socioculturels sur lesquels le non-salarié avait bâti cette identité.
Parallèlement, pour les non-salariés, la féminisation s'accompagne d'un accroissement temporaire de l'incertitude dans la pratique de l'activité. Avec l'entrée de concurrentes sur un marché où seuls les hommes intervenaient, le risque de voir se déployer de nouvelles stratégies commerciales et/ou de nouveaux modes d'exercice de la profession s'accentue. Tout est alors affaire d'adaptation des entrepreneurs à un environnement qui évolue.
Les paramètres socioéconomiques habituellement invoqués dans l'analyse de la féminisation du salariat n’interviennent pas de façon si évidente lors du choix du non-salariat par les femmes.
Le poids des stéréotypes au contraire explique plus probablement l'inégale répartition des travailleuses non-salariées au sein des différentes professions. Toutefois, la féminisation des professions indépendantes n'est pas sans effets sur les modalités d'exercice des métiers : malgré un volume horaire élevé, les femmes non-salariées ont un temps de travail journalier plus réduit que celui des hommes et plus modulable dans le temps.
Ces caractéristiques laissent présager une emprise encore importante de la sphère familiale sur la sphère professionnelle pour les femmes. Elles renvoient aussi à la question de la continuité de l'offre dans les professions fortement féminisées et, notamment, dans les services aux particuliers. Une certaine attention doit être accordée à ce phénomène, d'autant plus que les entreprises dirigées par les non-salariées emploient moins souvent de la main d'œuvre salariées. Les possibilités de délégation sont donc réduites. Sous cet éclairage, il semble que les débats sur la féminisation des professions indépendantes devraient s'orienter vers une remise en question des modalités d'organisation au niveau des métiers. Malheureusement, les études dans ce domaine restent relativement rares.
Amar, M. et Favre, F. (2009), Les revenus d'activité des indépendants, INSEE Références, Édition 2009, 152 p.
Amossé, T. (2004), 'Professions au féminin. Représentation statistique, construction sociale', Travail Genre et Sociétés, 2004/1 (11), 31-46.
Cacouault-Bitaud, M. (2001), 'La féminisation d'une profession est-elle le signe d'une baisse de prestige ?', Travail Genre et Société, 2001/1 (5), 91-115
Gallioz,S. (2006), 'Force physique et féminisation des métiers du bâtiment', Travail Genre et Société, 2006/2 (16), 97-114.
**« J’ai recruté et formé un homme notamment pour répondre aux questions personnelles des clients » **
Docteur en pharmacie, Michèle CODRON est membre du conseil d’administration Miltis, du Comité local de Lille et de la I.commission. Elle a exercé la profession de pharmacien dans son officine, créée en 1972, et elle a été chargée de cours à la faculté de pharmacie de Lille. Elle est désormais à la retraite. Michèle Codron nous fait partager son expérience de la profession en tant que chef d'entreprise et professionnelle de la santé.
Observatoire Alptis : En tant que professionnelle libérale, comment décririez-vous l’activité de pharmacien ? Michèle Codron : La profession de pharmacien d’officine présente plusieurs facettes : c'est une entreprise au service de la santé, s’adressant à des patients et des clients. On y délivre les médicaments prescrits par un médecin, on y dispense des conseils de prévention, et de suivi d’un traitement médical, on soutient le malade, et souvent sa famille, et on y vend des médicaments et toute une gamme de produits d’hygiène, de nutrition, de cosmétique, d’appareillage (ceintures, cannes, fauteuils, lits …).
Le pharmacien dirigeant une officine est titulaire d'un diplôme national, puisqu'il a soutenu une thèse d’exercice, et il est propriétaire du fond de commerce, ce qui lui attribue une double fonction : professionnel de santé et commerçant.
Comme chef d’entreprise, il dirige du personnel et gère l’entreprise, et comme commerçant, il s’adresse à une double clientèle : d’une part les patients qui lui achètent des médicaments prescrits avec une ordonnance, et, d'autre part, des consommateurs de produits médicalisés, c'est-à-dire des médicaments sans ordonnance, OTC*, complément divers de type alimentaire, herboristerie, dermocosmétique, etc.
O. A. : En tant que femme, avez-vous rencontré des difficultés lors de votre installation, ou dans l’exercice de votre profession ?
M. C. : En ce qui me concerne, je n’ai jamais rencontré de difficultés, ni administratives ni dans l'exercice de ma profession, notre formation nous préparant à toutes les surprises relevant des problèmes de santé.
Par contre, j’ai dû, comme bien d’autres, me former à la gestion, tant administrative que financière. Actuellement, pour une jeune diplômée, il est plus difficile de s’installer, car les charges financières sont très lourdes et les amplitudes horaires aussi. Les jeunes privilégient souvent, dans un premier temps, l’assistanat, ou parfois l’association.
O. A. : Avez-vous employé un homme ? Si oui, comment cela se passait-il au quotidien ?
M. C. : En effet, j’ai tenu à employer un homme, en tant que préparateur en pharmacie, dont j’ai assuré une partie de la formation. Le pharmacien peut former son personnel via un contrat d’apprentissage en alternance.
J'avais deux motivations pour ce recrutement : - la sécurité : la profession comporte de nombreux risques, tels que les agressions, surtout liées à la drogue. Malgré la formation spécifique, un homme semble dans certains cas plus adapté : un collaborateur musclé peut être dissuasif ! Par contre, les femmes font plus naturellement face à d’autres types d’incidents, comme les blessures sanguinolentes ou la prise en charge des malaises ; - pour faciliter certains conseils relatifs à des questions personnelles, jugées plus confidentielles et intimes par certains hommes.
Et tout s’est très bien passé, très simplement. La pharmacie est une petite entreprise, qui a souvent moins de 10 employés. Une fois la place de chacun clairement définie, où chacun connaît son rôle, le pharmacien est armé pour faire face aux différentes responsabilités, non seulement de santé, mais aussi juridiques et pénales.
O. A. : La profession de pharmacien libéral est très féminisée : les femmes représentent près de 52 % des effectifs. À votre avis, comment peut-on expliquer cette proportion ?
M. C. : C’est comme dans de nombreuses professions, juridiques ou éducatives. Pour ma part, parmi les professions de santé libérales (médecin, dentiste), la pharmacie permettait de travailler en équipe, et me paraissait offrir plus de possibilité pour consacrer du temps à ma famille.
En tout cas, la formation attire les femmes. Par exemple, à l'Association régionale des cours professionnels de la pharmacie (ARCPP) de Lille, qui forment les préparateurs, les cours sont fréquentés à environ 89 % par des femmes.
O. A. : Pensez-vous qu'être une femme est un avantage dans la profession ?
M. C. : Je ne pense pas que l’un ou l’autre sexe soit avantagé. En revanche, je pense que les aptitudes sont différentes. Plus intuitives, les femmes sont plus promptes aux rapports humains et aux échanges, plus attentives à l’accompagnement des clientèles. On peut globalement considérer que les hommes sont plus attirés par l’orientation entrepreneuriale.
O. A. : Plus généralement, pensez vous que le statut d’indépendant ou d’employeur est moins confortable pour une femme ?
M. C. : Absolument pas ! C’est une question de personnalité, de caractère, et, aussi, malheureusement parfois, de finances.
O. A. : La question du genre est-elle essentielle pour comprendre votre métier aujourd’hui ?
M. C. : Pas pour identifier la face cachée de l’iceberg, ce lourd travail que les clients ne soupçonnent pas ! La gestion, le suivi administratif, le suivi des délégations de paiement… sont des charges particulièrement importantes en pharmacie. Par rapport à d'autres commerces, l'officine requiert une gestion particulière, imposée par les relations avec la Sécurité sociale et les mutuelles.
Le Docteur Maurice Jérôme est installé en tant médecin généraliste à Orléans. En association avec deux confrères, il exerce au sein d'un cabinet médical. Nous lui avons demandé de nous livrer son point de vue sur la féminisation d'une profession qu'il exerce avec enthousiasme depuis trente ans.
Observatoire Alptis : La profession de médecin tend à se féminiser. Selon les estimations, les femmes devraient devenir majoritaire, d'ici quinze à vingt ans. Selon vous, quelles sont les origines de ce phénomène ?
Maurice Jérôme : Le fait est, qu'au cours de leurs études, les filles fournissent un meilleur travail que les garçons. Elles sont plus appliquées, et plus studieuses. Cela a un impact direct sur la démographie des étudiants en Faculté de médecine. Il n'est donc pas surprenant de constater que 75 % d'entre eux sont des filles. En revanche, elles sont relativement peu nombreuses à s'installer directement à la fin de leurs études.
O. A. : Pour quelles raisons ?
M. C. : La formation d'un médecin généraliste est longue et après neuf ans d'études, les jeunes femmes arrivent à un âge où, bien souvent, elles se marient, projettent d'avoir des enfants. La profession demande beaucoup de temps, et d'investissement personnel. Les journées sont d'ailleurs de plus en plus longues car il y a moins de médecins, donc de plus en plus de patients. Et quand les visites sont terminées, nous devons encore gérer toute la partie administrative, qui s'alourdit avec le temps. Pour ma part, le soir, il m'arrive fréquemment d'emmener des dossiers à terminer à la maison. Ça n'est pas toujours compatible avec la vie familiale.
Je pense d'ailleurs que la charge de travail explique le fait que 40 % des jeunes femmes choisissent d'exercer uniquement en remplacement. Elles peuvent moduler plus facilement leur emploi du temps. C'est aussi une facilité du point de vue de l'organisation matérielle de l'activité. Elles n'ont pas de cabinet à gérer, et supportent beaucoup moins de charges. C'est en plus un mode d'activité plus lucratif que par le passé. Aujourd'hui, les médecins remplaçants négocient un abandon des honoraires d'environ 80 %, alors qu’avant, leur rémunération était de 50 %.
O. A. : Est-ce que cette préférence pour l'exercice en tant que remplaçant est susceptible de générer des difficultés, dans l'organisation des soins ?
M. J. : Je pense que le problème n'est pas spécifique à la féminisation. Je crois que les jeunes médecins qui arrivent maintenant n'ont pas le même état d'esprit que nous, quand nous nous sommes installés. À l’époque, je me demandais si j'allais avoir assez de clientèle, si ça marcherait bien. Il y avait vraiment des inconnues. Maintenant, les jeunes partent avec l'idée qu'il y a trop de travail. Ils peuvent donc exiger de travailler quand ils le veulent : de ne pas travailler le soir, de ne pas faire de visites le mercredi, etc. Peut-être ont-ils raison de travailler autrement. Cela ne les empêche pas de faire du très bon travail. Je pense qu'ils ont choisi de travailler autrement et de préserver du temps libre, ce que l'on a certainement pas su faire. Quand on a pris l'habitude de travailler quatorze heures par jour, c'est difficile de revenir en arrière
.O. A. : Est-ce un avantage d'être une femme, dans la profession de médecin ?
M. J. : Je ne pense pas. C'est exactement la même chose pour l’un ou l’autre, mais il faut que le professionnel ait assez de psychologie. C'est quelque chose qui ne s'apprend pas sur les bancs de la Faculté. Si on a une capacité de dialogue et d'écoute, je pense que l'on fera toujours un bon médecin généraliste. Les filles sont donc tout à fait capables de faire le même travail que nous. Après, certains patients âgés peuvent, peut-être, ressentir une gêne à être examinés par une femme. Mais cela relève du cas particulier.
O. A. : La question du genre est-elle essentielle pour comprendre votre métier aujourd’hui ?
M. J. : La médecine générale est un beau métier, devenu difficile, parce que nous n'avons plus le temps de l’exercer. Nous sommes surtout écrasés par la charge administrative, que nous n'avions pas autrefois. Cela ne favorise pas l’installation des jeunes, qu’ils soient fille ou garçon. De même le contrôle omniprésent de la qualité de nos soins par la Sécurité sociale, peut les décourager. Ils peuvent se demander si nous exerçons encore une médecine vraiment libérale.
Partant d'un état des lieux des frais générés par la gestion des régimes de retraite (CNAVTS, AGIRC et ARRCO), il défend l'intérêt de leur fusion en un seul régime. Cette construction serait à même de générer des économies substantielles du simple fait de la rationalisation des charges de fonctionnement.
Stéphane Rapelli est intervenu auprès de la Commission d'expertise collective de l'INSERM dédiée à l'étude du « stress d'origine professionnelle chez les travailleurs indépendants. » Son intervention « Les travailleurs indépendants : des normes aux faits » visait à exposer les caractéristiques socioprofessionnelles des indépendants. Elle fera l'objet d'une publication dans le rapport d'expertise final.
Le RSI propose un parcours de prévention aux indépendants et à leur famille
Les indépendants se consacrent avant tout à leur activité, parfois au détriment de leur santé. Ainsi, selon une étude du Régime social des indépendants (RSI), pour 45 % des commerçants et des artisans, les actions de prévention sont considérées comme une contrainte supplémentaire, dans la gestion de l'activité, car il leur est difficile d’y consacrer du temps. Pourtant, la maladie constitue pour eux un risque considérable : un arrêt de l'activité pour raison de santé implique très souvent une perte sèche de revenus. Le travail dans une atmosphère pleine de poussière, la manipulation de charges lourdes, ou juste un stress provoqué par un volume horaire trop important, sont des facteurs de risque, pour les indépendants.
Pour mieux les sensibiliser aux risques de santé, améliorer la prévention et la détection des maladies professionnelles, le RSI déploie un parcours de prévention très complet, autour d'un bilan de prévention. Se voulant en cohérence avec les contraintes professionnelles des indépendants, ce bilan place le médecin traitant au cœur de ce dispositif. L'objectif est, clairement, de privilégier la proximité du professionnel de santé, tant du point de vue géographique que relationnel.
Intégralement pris en charge par le RSI, le bilan prend la forme d'une consultation dédiée à l'évaluation, et au dépistage des facteurs de risques rencontrés par l'indépendant. L'évaluation concerne aussi bien les risques professionnels qu‘individuels. Elle est effectuée grâce à un questionnaire portant sur la profession, les habitudes de vie, et les antécédents familiaux. En fonction des caractéristiques de l'indépendant, le médecin informe sur les risques encourus, délivre des recommandations, propose de participer aux campagnes de prévention et, le cas échéant, prescrit des examens complémentaires, ou oriente vers un spécialiste.
Ce bilan vient compléter une liste déjà importante d'actions de prévention soutenues par le RSI. Répondant aux objectifs de santé publique, le dépistage du cancer du sein, et du cancer colorectal, la vaccination, le sevrage tabagique font régulièrement l'objet de campagnes auprès des assurés. Il en va de même pour l'accompagnement, et l'éducation thérapeutique des personnes diabétiques, ou la prévention des risques bucco-dentaires chez les jeunes de cinq à dix-huit ans.
Une attention particulière est accordée au suivi de la maternité chez les indépendantes. En effet, la conciliation de l'activité professionnelle avec la maternité est souvent difficile, puisqu'une interruption est nécessaire. Pour pallier l'absence de revenus qu'implique cette interruption, le RSI fait bénéficier aux indépendantes et aux conjointes collaboratrices, une allocation forfaitaire de repos maternel. En outre, une indemnité journalière forfaitaire d'interruption d'activité est versée, sous réserve du non-exercice de la profession pendant une période d'au moins 44 jours consécutifs.
Afin d'optimiser l'articulation de ces différents programmes et dispositifs, le RSI a mis en ligne un site Internet innovant (www.le-rsi.fr/prevention). Il permet à chaque assuré du RSI d'accéder à un dossier personnel de prévention, qui synthétise tous les actes de prévention effectués, ou recommandés à l'indépendant, dans le cadre du parcours de prévention, et offre un suivi des vaccinations. Le site a aussi une vocation pédagogique car il donne accès à de nombreuses informations et recommandations.
Le RSI s'est donc largement investi dans les actions de prévention. Cette tâche n'est pas des plus faciles, en raison du faible intérêt exprimé par les indépendants pour ce domaine. Bien que les outils proposés et les programmes déployés soient attractifs, toute la question est de savoir si les populations visées seront effectivement sensibilisées.
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