Faut-il s’inquiéter de la recrudescence de la rougeole ?

Depuis 2023, la rougeole, cette maladie virale hautement contagieuse, connait une recrudescence importante. L’OMS relève en effet la déclaration de plus de 300 000 cas dans le monde (+79% par rapport à 2022) dont 42 000 en Europe.

La Russie et le Kazakhstan ont rapporté les 2/3 des cas du continent, tandis que l’Europe occidentale en a enregistré environ 2 000 dont un peu plus d’une centaine en France. Cette brusque réapparition est inhabituelle pour une maladie jusqu’alors presque éradiquée grâce à une couverture vaccinale étendue.

La situation préoccupe les autorités sanitaires à l’approche des Jeux Olympiques d’été de Paris 2024. Le brassage de populations internationales pourrait alors accroître le risque d’importation de la maladie.

Faut-il s’inquiéter de la recrudescence de la rougeole

Le retour de la rougeole : par quels vecteurs ?

La stratégie d’éradication de la rougeole (c’est-à-dire, l’organisation de la disparition totale de la maladie) implique le maintien d’une couverture vaccinale élevée, la surveillance (via la déclaration obligatoire des cas) et des campagnes de vaccination de masse pour atteindre une immunité collective.

L’OMS souhaite atteindre une couverture vaccinale de 95% pour les deux doses du vaccin, essentielle pour interrompre la transmission de la rougeole et protéger les populations vulnérables.

Actuellement, on constate toutefois que la couverture vaccinale est encore insuffisante en Europe, avec des disparités régionales notables et une baisse de vigilance attribuée à la pandémie de COVID-19.

En France, le bilan épidémiologique 2023 indique l’existence de groupes d’individus non-vaccinés donc encore réceptifs au virus, notamment parmi les adolescents et les jeunes adultes. Dans la majorité des cas, il s’agit de voyageurs de retour d’un séjour en zone endémique et qui ont contracté la maladie. Revenus contagieux en France, ils ont propagé le virus. Ils sont donc importateurs de la maladie sur le territoire.(1)

Quels sont les symptômes et les risques de la rougeole ?

La rougeole se manifeste d’abord par un rhume, comme une rhinite, accompagné d’une conjonctivite et d’une toux, puis de fièvre élevée et de fatigue.

Après une période d’incubation d’environ dix jours, ces symptômes s’intensifient et sont suivis par l’éruption cutanée typique. Les taches rouges apparaissent sur le visage puis se propagent au reste du corps. Des taches blanchâtres peuvent parfois apparaitre à l’intérieur des joues et permettre de diagnostiquer avec certitude la rougeole.

La plupart des patients se rétablissent en une semaine. Néanmoins la rougeole peut être à l’origine d’infections respiratoires et neurologiques importantes, particulièrement chez les jeunes enfants, les adultes de plus de 20 ans, les personnes immunodéprimées et les femmes enceintes chez qui la maladie peut entraîner des complications graves. En présence de symptômes, il est donc nécessaire de consulter un médecin rapidement.

Très contagieuse, la rougeole peut se transmettre dès cinq jours avant l’éruption cutanée, et jusqu’à cinq jours après. Les médecins sont tenus de déclarer tout nouveau cas aux autorités de santé publique afin de contenir sa propagation.

Prévention, vaccination contre la rougeole

Le vaccin ROR (rougeole-oreillons-rubéole) reste le moyen le plus efficace pour se prémunir contre cette maladie. La vaccination est obligatoire pour les enfants nés après 2018 avec une première dose à 12 mois et une seconde dose entre 16 et 18 mois. Elle est recommandée aux personnes nées après 1980 avec 2 doses espacées d’au moins un mois.

En cas d’exposition à la rougeole d’une personne non-vaccinée ou n’ayant reçu qu’une dose, il est recommandé de pratiquer une injection de vaccin dans les 72 heures, en particulier aux bébés de 6 à 11 mois. De plus, avant de voyager dans des régions où la rougeole est fréquente, il est conseillé de vacciner les nourrissons dès 6 mois, avec un rappel à 12 mois conformément au programme vaccinal.

Enfin, quel que soit l’âge, il est important de respecter le calendrier vaccinal français pour pouvoir assurer la sécurité de tous. Pour les moins de 18 ans, l’Assurance Maladie couvre intégralement le coût des deux doses du vaccin ROR. Dès 18 ans, le remboursement du vaccin par l’Assurance Maladie est de 65%, le reste pouvant être couvert par une complémentaire santé. Les bénéficiaires de l’Aide Médicale d’État (AME) bénéficient quant à eux d’une prise en charge totale.(2)

Rougeole ou autre maladie infectieuse, existe-t-il un risque sanitaire à court terme ?

La question peut en effet se poser pour la période des Jeux Olympiques de Paris 2024. Entre la réunion de populations internationales, les zones de forte affluence et une potentielle canicule, tous les scénarii ont été envisagés par les autorités sanitaires et les équipes d’organisation des J.O. pour faire face à un risque sanitaire.

Pierre-Yves Boëlle, directeur de recherche Inserm à l’Institut Pierre Louis d’Epidémiologie et de Santé Publique, affirme au Magazine de l’Inserm(3) que « le risque de flambée épidémique paraît peu probable. » En effet, le réseau de Sentinelles, qui permet aux médecins de déclarer la survenue de certaines pathologies dans leur patientèle, contribuera au suivi des transmissions de maladies à risque élevé (infections respiratoires, diarrhées aigües…). Le ministre délégué à la Santé, Frédéric Valletoux, se veut également rassurant et affirme le 7 avril 2024 dans les colonnes du Parisien(4) que « le système de santé est prêt. »

Il faut donc rester serein pour cet événement unique où rien n’a été laissé au hasard.

En conclusion

La recrudescence de la rougeole en Europe et dans le monde soulève des inquiétudes légitimes, notamment à l’approche d’événements internationaux. La France pratique une surveillance suffisamment rigoureuse pour garantir la protection sanitaire de la population.

Toutefois, la responsabilité et la vigilance doivent aussi être collectives. Il nous appartient de protéger les plus fragiles : chacun doit contribuer à la lutte contre la rougeole en suivant les recommandations des autorités de santé et en se faisant vacciner par 2 injections.