Sommeil et écrans : les dessous du problème

L’ère du numérique nous simplifie la vie, mais il y a un mais… Les études soulignent une nette dérégulation du sommeil à cause des écrans. Un phénomène survenu il y a une vingtaine d’années. Le lien entre trouble du sommeil et écran, une question de santé publique ? On s’est renseignés auprès d’un expert du sommeil, le Docteur Patrick Lemoine.

Les écrans nuisent au sommeil : la preuve en chiffres

Oui ! Les études le confirment : les écrans perturbent le sommeil. Car s’ils ne dorment plus que 7 heures par nuit en moyenne, c’est notamment parce que les Français voient leurs nuits agitées par les écrans, ce qui perturbe leurs cycles du sommeil. En 2016, une enquête sur les nouvelles technologies a révélé que 8 personnes sur 10 utilisent un écran après dîner et que 30 % des Français regardent la TV dans leur lit avant de dormir. Sans compter les 20 % de ceux qui dorment avec un téléphone en veille.

L’impact des écrans sur le cerveau

Nous vivons dans une société cyber-connectée, comme nous le rappelle Patrick Lemoine, psychiatre et docteur en neurosciences, auteur de Dormez, le programme complet pour en finir avec l’insomnie. Or, lorsqu’on utilise les écrans trop près du coucher, on envoie un message paradoxal au cerveau, qui reçoit à la fois un signal d’éveil et d’endormissement. « Regarder une émission, tchatter, cela stimule.  Alors que le soir, le corps doit lâcher prise. Or cette stimulation, on en devient accro ! Il existe des centres pour sevrer les addictions aux écrans chez les jeunes, mais pas seulement… », détaille le spécialiste du sommeil, à l’origine de l’ouvrage Dormir sans médicaments… ou presque.

Retard de phase : la fameuse lumière bleue

La lumière perturbe l’horloge biologique, mais la lumière bleue en rajoute dans la stimulation car elle active les récepteurs de la rétine en envoyant comme message au cerveau qu’il fait encore jour. Cela décale, voire supprime, la sécrétion de mélatonine, ce qui désynchronise les rythmes circadiens. Cela a pour effet de retarder l’endormissement et/ou de créer des réveils multiples. Cette lumière bleue est émise par des LED des écrans de tablettes, smartphones et ordinateurs. « Ce phénomène crée des réveils multiples. Certains disent ne pas être perturbés, mais les enregistrements de sommeil  démontrent que des phases de micro-réveil, dont on ne se souvient pas toujours le matin, surviennent dans la nuit.

Pourquoi chambouler la mélatonine est un problème ? Cette hormone sécrétée exclusivement dans la pénombre et l’obscurité sert à beaucoup de choses dans l’organisme : synchroniser les rythmes circadiens, les rythmes de température et les rythmes de veille-sommeil.

Sommeil et écran

Écran avant de dormir : danger chez les enfants

L’utilisation des écrans en soirée chez les jeunes n’est pas récente, il y a 20 ans déjà, la TV était incriminée. Une étude américaine de 2002 comptabilisait que 20 % des 2-7 ans avaient une TV dans leur chambre, 46 % des 8-12 ans et 56 % chez les ados. Mais aujourd’hui, si les enfants semblent délaisser la TV, c’est au profit de plus petits écrans.

Les jeunes, plus sensibles aux effets des écrans sur le sommeil ? L’impact des écrans sur le sommeil, une question d’âge ? « On sait que les ados ont besoin de dormir davantage car leur corps se modifie très vite. Un besoin de sommeil rarement écouté à cet âge-là. Et ce manque de sommeil est aggravé avec l’invention des objets numériques. Même chez les plus jeunes. Aujourd’hui à 10 ans, ils gardent leur téléphone sous l’oreiller, ce qui créé un sommeil sentinelle. Or le manque de sommeil pose un problème pour l’hormone de croissance ».

Limiter les impacts : la guerre des écrans

  • Limiter le temps sur le smartphone : car c’est l’écran qu’on tient le plus proche de ses yeux, donc l’impact sur la rétine est important, par rapport à la TV par exemple. Mais attention à la tablette, car l’écran est plus grand, donc il diffuse beaucoup de rayonnements bleus, explique le docteur.
  • Le cas de la liseuse : « on peut opter pour ce type d’outil lecture, tempère l’expert, à condition de ne pas être rétroéclairé ».
  • Se donner un cadre. « Le sommeil est une barrière tangible. On a tendance à rogner sur son temps de sommeil pour avoir des journées plus longues, mais c’est un très mauvais calcul car les inconvénients à manquer de sommeil sont beaucoup plus grands ». Ce serait négliger les fonctions du sommeil. C’est pourquoi le médecin insiste : « Après dîner, plus d’écran, sauf la TV ! ».


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