Congé maternité et travailleur indépendant : « Anticiper et penser à épargner »

Par Mathieu

Laurie Q. vient d’avoir son premier enfant. En tant que travailleur indépendant, pas de congé maternité serein sans une bonne anticipation des contraintes administratives et financières.

Lorsqu’on se lance en tant que travailleur indépendant, est-ce qu’on pense au congé maternité ?

Laurie Q. Congé maternité et travailleur indépendant

Je n’ai pas pris en compte ce paramètre quand j’ai débuté. Faire des enfants était un projet de vie, mais je ne savais pas comment j’allais m’organiser. En fait, j’ai commencé à penser au congé maternité un an avant la naissance, au moment où une de mes collègues a accouché. J’ai alors pris conscience qu’il fallait, en tant que travailleur indépendant, mettre place beaucoup de choses : songer très tôt à son remplacement par une personne de confiance, avoir des réserves financières, et, ce qui peut paraître étonnant, anticiper le retour au travail… 

Quels conseils donneriez-vous aujourd’hui aux autres travailleurs indépendants ?

Anticiper est primordial, notamment d’un point de vue financier. Il faut ainsi veiller à ce que son compte bancaire soit suffisamment provisionné, afin d’être capable de payer ses charges au début du congé maternité. Entre les différentes cotisations (Régime Social des Indépendants (RSI), URSSAF…), et les charges de fonctionnement, près de 60 % de mes recettes de travailleur indépendant sont consommées chaque mois. Le RSI verse des allocations forfaitaires de maternité, mais elles ne suffisent pas à couvrir l’intégralité des dépenses mensuelles.

D’où l’intérêt de souscrire une complémentaire santé ?

Oui, une bonne complémentaire santé est indispensable. Je pense notamment aux visites avant et après l’accouchement (gynécologue, pédiatre…). Si elles ne sont pas correctement remboursées, on est vite confronté à d’importantes dépenses. Là aussi, il vaut mieux anticiper pour éviter les mauvaises surprises. Et au-delà de l’aspect financier, il faut être très rigoureux dans l’organisation du travail. Un impératif pour que les choses se passent bien en notre absence mais aussi pour faciliter la reprise après le congé maternité.

Avant même de prendre son congé maternité, il faut déjà songer à la reprise ?

Oui,notamment en veillant au suivi des dossiers. C’est ce que j’ai essayé de faire vis-à-vis des personnes avec qui je travaille, des travailleurs indépendants comme moi, qui ont assuré bénévolement ce suivi. Le passage de relais peut se faire naturellement, mais cela implique des dossiers classés, des indications précises, une comptabilité à jour… Des tâches qui se cumulent avec une journée de travail. Autant y songer dès l’instant que son projet d’enfant mûrit. Évidemment,  en pratique, on le fait souvent à la dernière minute lors des mois les plus éprouvants physiquement, mais ce n’est pas un bon calcul.

Avec du recul, quel regard portez-vous sur votre congé maternité ?

Ce qui devrait être du repos devient une source de stress. Les affaires ne peuvent pas s’arrêter du jour au lendemain et il faut compter avec le fait que vos  interlocuteurs habituels continuent à vous appeler. Il est aussi important de pouvoir avoir une entière confiance dans ses remplaçants.  Cela conduit aussi à réviser ses opinions. Je pensais pouvoir gérer travail et enfant, mais avoir un bébé, c’est une occupation à plein temps. Il est très difficile d’en avoir conscience avant de l’avoir dans ses bras. C’est pourquoi, dès que l’idée de faire un enfant se dessine, il faut commencer à préparer son congé maternité et la reprise du travail, s’obliger à prendre du temps pour anticiper. Un moyen efficace de gagner en sérénité.